mercredi 11 novembre 2015

A Lydia

Chacun va sur sa route et chacun son chemin
regardant droit devant ou les yeux dans le sol
Les semblants d'amitié ou les feux de l'alcool
sont pour eux des soleils dans le gris du matin.

Car il pleut sur la terre depuis bientôt trois ans
jour et nuit, petit' sœur, de l'aurore au couchant.

Le besoin de lumière a fait que l'homme croie
qu'après la pluie toujours Apollon luit plus fort ;
que le nuage alterne avec les rayons d'or ;
que l'été garde un sens et qu'il fait beau parfois.

Mais il pleut sur la terre depuis bientôt trois ans
jour et nuit, petit' sœur, de l'aurore au couchant.

On me raconte, hélas, et l'erreur est de taille,
qu'un quidam satisfait de son chiffre d'affaire
a pris son résultat pour une preuve claire
que les beaux jours signaient la fin de la bataille

Car il pleut sur la terre et ça fait bien trois ans
nuit et jour, petit' sœur, de l'aurore au couchant.

C'est fréquent, je l'avoue, qu'une femme en amour
prenne pour un ciel bleu la flamme de ces yeux
-ces yeux qui la regardent ne voyant qu'eux deux -
et confonde un instant « nuit d'ivresse » et « toujours ».

Mais il pleut sur la terre depuis bientôt trois ans
jour et nuit, mon p'tit coeur, de l'aurore au couchant.

Il arrive à l'occas' que des gamins des rues
trouvent sous un' bagnole une pièce d'argent...
On a vu, je le sais, une foule de gens
croire que le soleil caressait leurs dos nus.

Non : il pleut sur la terre depuis bientôt trois ans
jour et nuit, petit' sœur, de l'aurore au couchant.

Et moi qui tiens la barre d'un vieux cotre jauni
je laisse loin derrière et mon temps et ma vie
et vogue cap à l'Ouest au gré des vents vieillis
fatigués de souffler sur la peine infinie

Et Dieu pleure sur Terre depuis bientôt trois ans
jour et nuit, petit' sœur, de l'aurore au couchant.
Paris, 28/07/2015

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