lundi 23 novembre 2015

Vol de grues sur Bordeaux

Le ciel est immensément bleu. La lune
voile ovale à peine pâle
peine à se hisser au-dessus des toits.

Elle et le soleil se font face à face
se déchirant la surface 
claire encore qui recouvre la ville.

C'est l'instant suspendu d'avant les bruits
de l'imminente cohue,
quotidienne clameur du crépuscule.

Bientôt un nouveau silence, celui 
calfeutré dans les familles,
bercera les toitures ennuyées.

Mais pour l'heure, impertinent, seul un vol
de grues, triangle idéal,
gonfle empathique mes rêves d'ailleurs.

(à Catherine M.)

mercredi 11 novembre 2015

Jason

Si je pouvais comme Jason rapporter la toison magique
j'inverserais le cours des jours navigant d'aval en amont
Et s'il fallait pour te revivre bâtir une autre Babylone
on me verrait avec les ongles tailler des blocs de granit bleu

Je voudrais tant et tant te dire
quitte à mourir une première fois
la vie sur terre sans ton rire
c'est la pluie froide sur le verglas

Et s'il faut conquérir demain Jérusalem et la Terre Sainte
j'irai désépulcrer sans crainte les rois les croisés d'autrefois
Et si je dois pour te renaître courir cent fois le tour du monde
la lune ronde fera les yeux ronds de me voir nu dans les blés

Je voudrais tant te la redire
tant pis si c'est mon dernier chant
cette berceuse aux airs d'enfance
pour t'endormir au creux de moi

Si je dois tomber un par un tous les pins des forêts des Landes
on entendra dedans l'Irlande les merles comptant les sommets
Et s'il faut finir dans le noir pour te revoir un quart d'instant
j'arracherai avec les dents mes yeux noyés de te vouloir

J'aimerais tant que tu ne gardes
de ce désert où tu n'es plus
que ce vieux cœur sec qui te garde
dans ce désert où tu n'es plus

Et s'il me faut pour t'espérer marcher jusqu'aux deux Amériques
j'assécherais de mes baisers l'Atlantique et ses eaux salées
Si je pouvais te refleurir, t' éclore encore une demie-fois
l'enfer serait moitié moins froid, l'hiver serait un peu moins pire

Je voudrais que tu me pardonnes
mais mon exil commence là
je ne suis pas de ton voyage
j'aimerais tant j'aimerais toi
j'aimerais tant que tu me trembles
quitte à mourir une dernière fois
que ma voix te frissonne ensemble
je ne suis qu'un cheveu de toi.

Ma soeur est morte

Passent neutres les ans, et les jours et le monde
simples coulent les soirs, les heures sans défauts
puis la seconde qui glaciale tombe
me saisissant d'horreur en pas plus de trois mots.

L'innocence est partie, reste la déchirure
mais la voix inutile et les mains abattues
ne se résignent pas devant la certitude
Ô tentative vaine à s'avouer vaincues

Si ma note tremblante et mes doigts sur les cordes
sont bien mal assurés, qui me corrigera?
Je chante ces trois mots pour que la peine sorte :

Elle est morte, ma soeur et le silence est là.
Lydia, que par ce chant l'écho de ta passion
soit le souffle apaisé de ton accordéon.


Pour Lydia Reithler

Tu nous as laissé tant de désirs
sous la pierre où la date est gravée
Tu nous donnes une histoire à fleurir
Tu nous laisses ta vie à chanter
Comme un voilier qui remonte le vent
ferme et fier
Comme un soleil s'est levé sur le gris
de la mer
Comme une étoile endormie sur son lit
de bruyère
Comme un oiseaux dont le nid serait fait
de lumière
As-tu choisi pour l'autre rive
La crique au goût de romarin
Le récif de corail aux cent couleurs
ou bien la grêve au sable fin?
Qu'il m'est triste de dire à présent
qu'"amitié" se conjugue au passé
que "plaisir" rime avec "autrement"
que "souvent" laisse place à "jamais"
Comme une flamme vacille le soir
des hivers
Comme une absence est présente et nous suit
toute entière
Comme une main fatiguée de porter
son mystère
Comme le feu d'un amour qui de loin
nous éclaire
As-tu choisi pour l'autre siècle
les bois glacés de l'Alaska
les vallons verdoyants de Kathmandou
ou le désert d'Atacama?

Lydia

Rien ne va plus,
tout se tend.
Où, les gens?
Tout ce temps
à croire qu'on avance...
Et sans tes doigts
et ton souffle au soufflet
qui se balancent,
rien ne compense.
Où s'est cachée
l'intelligence?
Où, le plaisir
des notes nacrées?
Où, le sourire
et les yeux francs?
Toutes ces voix
qui bla et blablatent...
Mais sans tes doigts
et tes airs partagés
qui nous romancent,
plus aucune chance.
Et tout se tend
de là et de France.
Lydia, petite soeur,
c'est encore plus dur
sans toi.

A Lydia

Chacun va sur sa route et chacun son chemin
regardant droit devant ou les yeux dans le sol
Les semblants d'amitié ou les feux de l'alcool
sont pour eux des soleils dans le gris du matin.

Car il pleut sur la terre depuis bientôt trois ans
jour et nuit, petit' sœur, de l'aurore au couchant.

Le besoin de lumière a fait que l'homme croie
qu'après la pluie toujours Apollon luit plus fort ;
que le nuage alterne avec les rayons d'or ;
que l'été garde un sens et qu'il fait beau parfois.

Mais il pleut sur la terre depuis bientôt trois ans
jour et nuit, petit' sœur, de l'aurore au couchant.

On me raconte, hélas, et l'erreur est de taille,
qu'un quidam satisfait de son chiffre d'affaire
a pris son résultat pour une preuve claire
que les beaux jours signaient la fin de la bataille

Car il pleut sur la terre et ça fait bien trois ans
nuit et jour, petit' sœur, de l'aurore au couchant.

C'est fréquent, je l'avoue, qu'une femme en amour
prenne pour un ciel bleu la flamme de ces yeux
-ces yeux qui la regardent ne voyant qu'eux deux -
et confonde un instant « nuit d'ivresse » et « toujours ».

Mais il pleut sur la terre depuis bientôt trois ans
jour et nuit, mon p'tit coeur, de l'aurore au couchant.

Il arrive à l'occas' que des gamins des rues
trouvent sous un' bagnole une pièce d'argent...
On a vu, je le sais, une foule de gens
croire que le soleil caressait leurs dos nus.

Non : il pleut sur la terre depuis bientôt trois ans
jour et nuit, petit' sœur, de l'aurore au couchant.

Et moi qui tiens la barre d'un vieux cotre jauni
je laisse loin derrière et mon temps et ma vie
et vogue cap à l'Ouest au gré des vents vieillis
fatigués de souffler sur la peine infinie

Et Dieu pleure sur Terre depuis bientôt trois ans
jour et nuit, petit' sœur, de l'aurore au couchant.
Paris, 28/07/2015

mardi 10 novembre 2015

Phanie

Il existe un espace étrange
Ni loin du monde ni secret
A peine sous les anges

Où rient à gorge déployée
De jeunes filles aux yeux d'amande
Et pommettes salées.


Larges d'esprit et d'âme grande
Le coeur trop plein pour être à soi
Sur les mains en offrande
Elles marchent pleines de joie
Cachant pourtant au fond des ondes
Parfois des nuits d'effroi

Des filles que l'amour inonde
De l'autre, de la vie, du rire
Et d'un plus juste Monde
Et dont la poitrine s'expose
À rendre plus beau le chemin
Pour nous, petites choses

Il existe un espace étrange
Ni loin du monde ni secret
A peine sous les anges
Où rient à gorge déployée
De jeunes filles aux yeux d'amande
Et pommettes salées.


Des fois, sans qu'on en sache rien
Elles quittent leur sphère et viennent
Pour nous tendre la main
Certains sont capables de voir
Le trésor que ces êtres cachent
Dans leur candeur humaine 

Ils ont de la chance et s'y attachent.
Mais tant sont aveugles et sots
Et ne voient rien : Qu'ils sachent
Qu'un ange avait posé ses ailes
Sur leur destin de pauvres types.
Mais elles sont trop rebelles!

Il existe un espace étrange
Ni loin du monde ni secret
A peine sous les anges
Où rient à gorge déployée
De jeunes filles aux yeux d'amande
Et pommettes salées.


Ni fleurs ni roses ni tulipes
Mais des femmes d' os et de chair
De chants et de principes
Corps vierge ou ayant accouché
Femme battue ou libre de coups
Sainte ou catin payée

O terriens, je m'adresse à vous:
L'une d'entre elles est mon amie
Son bonheur m'est fort doux.
Son rire est ma joie, et ses bleus
Mon échec.  Mais là, près des songes
Son absence me ronge

Il existe un espace étrange
Ni loin du monde ni secret
A peine sous les anges
Où rient à gorge déployée
De jeunes filles aux yeux d'amande
Et pommettes salées


(à Catherine M.)

Ta peau

J'ai tant été tenté - tantaine -
D' glisser ma main dessous ta laine
Et lire en effleurant des doigts
Ton cou, ton dos, tes flancs, tes bras...


Il y a toujours eu cette gêne
(m'amie ta peau n'est pas la mienne)
Cent fois j'ai rebroussé chemin
Aurais-je dû? Je n'en sais rien.

Je ne pleure pas le plaisir
Que j'eusse eu de ton corps tremblant
Domaine - dondaine - des dieux

Mais j'aurais pu compter les bleus
Qu'un sombre idiot faisait fleurir
Sous le secret de ton pull blanc.

Le bon Dieu dans son délire
N'a pas fait pire
Pour se rach'ter le bon Dieu
Devra faire mieux

Je voudrais - lon laridon -
Pour tes matins
Du soleil - laridondaine -
Dessus ta peau.



Tu n'en soufflais pas mot - dondaine -
Et j'en suis comme une âme en peine
Tu as dû serrer les poings, les dents
Et sourire au soleil couchant

La peur des nuits, les coups de fièvre
Ont terni l'argent de tes lèvres
Les manches longues et cols intimes
Ont terni l'or de ton estime

Et moi pauvre con qui - dondaine -
Grisé par tes yeux de détresse
Ne voit pas qu'un con te tabasse

Tu mérites d'être une reine
Et non qu'un bouffon te rabaisse
Au rang - pataplan- de paillasse

Le bon Dieu dans son délire
N'a pas fait pire
Pour se rach'ter le bon Dieu
Devra faire mieux

Je voudrais - lon laridon -
Pour tes matins
Du soleil - laridondaine -
Dessus ta peau.


Les jours ont suivi les semaines
Tu as fini par quitter - dondaine -
Cet étron sur pieds, ce cloporte
Il t'en a voulu mais qu'importe

Pas un seul regard en arrière
Pas d' revanche un peu de colère
Et moi par respect - laridon -
Je finis ici ma chanson.

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